27 décembre 2023 — Communiqué de presse

Les gagnants et perdants de 2023: nous pouvons arrêter la disparition des espèces

Les perdants du règne animal en 2023 sont emblématiques de milliers d’espèces menacées d’extinction: lion, manchot de Humboldt, saumon atlantique, dauphin d’eau douce, coronelle lisse (couleuvre), roi du Doubs ou amphibiens ont vu leur situation se détériorer. Mais 2023 se termine aussi sur quelques lueurs d’espoir, comme le montre le podium WWF des gagnants: sur celui-ci, on trouve notamment la panthère des neiges, le tigre, le rhinocéros d’Afrique, le bison du Caucase ou, en Suisse, le cerf élaphe et la rainette verte.

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Rothirsch Wiese
  • En matière de protection des espèces, le WWF dresse un bilan mitigé de l’année 2023.
  • D’après le Rapport Planète Vivante 2022, les populations de vertébrés étudiées ont en moyenne reculé de 69% depuis 1970.
  • La Liste rouge mondiale des espèces menacées de l’UICN inventorie désormais plus de 44 000 espèces menacées, soit environ un quart de toutes les espèces recensées.
  • La liste ci-dessous issue du bilan annuel du WWF est un extrait la situation actuelle. Elle n’est pas exhaustive, d’autres espèces faisant elles aussi partie des gagnantes et des perdantes.

Citation de René Kaspar, responsable de la protection des espèces au WWF Suisse:

«La perte d’habitat, le réchauffement du climat, la surpêche ou le braconnage sont les facteurs centraux qui aggravent la disparition actuelle des espèces. Ils sont tous provoqués par l’être humain. Nous autres sommes à la fois auteurs et victimes. En effet, nous dépendons d’écosystèmes vivants et d’une biodiversité variée pour vivre en sécurité et sainement. Nous avons besoin d’une protection de la nature ambitieuse, en Suisse et dans le monde entier.»


 

Gagnants 2023



Rhinocéros blanc en Afrique: après dix ans de recul, le nombre de rhinocéros blanc est remonté pour la première fois. La hausse est même de 5%, à environ 16 800 individus. L’organisation de défense de la nature African Parks a acquis en 2023 le plus grand projet d’élevage de rhinocéros, qui compte 2000 exemplaires. Certes, les pachydermes restent menacés par le braconnage, mais ces nouvelles positives sont encourageantes.

Bison dans le Caucase: il y a un siècle exactement débutait un programme de sauvetage du bison, disparu à l’état sauvage. Cette initiative a été un succès: désormais, plus de 8000 bisons européens arpentent à nouveau les forêts du Caucase. En 2023, leur nombre a encore augmenté.



Antilope Saïga en Asie centrale: dans la Liste rouge de l’UICN, ce mammifère n’apparaît plus comme étant «en danger critique». Au Kazakhstan, où l’on trouve 98% des antilopes Saïga, leur population est passée de près de 100 000 animaux à plus de 1,3 million grâce à des efforts de protection intensifs. En Mongolie, l’évolution est également positive.

Panthère des neiges au Bhoutan: le recensement organisé au Bhoutan a permis de compter 134 panthères des neiges, contre 96 en 2016. Dans le cadre d’une étude nationale sur ce majestueux félin, plus de 300 pièges photographiques ont été placés sur une surface de 9000 km².

Tigre au Bhoutan et en Inde: le nombre des grands félins a progressé de manière réjouissante dans certains pays asiatiques. Au Bhoutan, il est passé de 103 à 131 depuis 2015. L’Inde a recensé plus de 3600 tigres en 2023, de sorte que ce pays abrite désormais deux tiers de la population mondiale de tigres sur son territoire. Les tigres pris par des pièges photographiques en Malaisie permettent d’espérer qu’en Asie du Sud-Est, le félin a encore un avenir.

Grue Antigone au Népal: grâce à des mesures de protection intensives, le nombre de grues Antigone a presque doublé au Népal depuis 2010 et se monte désormais à plus de 700 spécimens. Lorsque la décision d’agir a été prise, il n’y avait plus que 350 représentants de ce majestueux oiseau. Cette espèce est néanmoins toujours considérée comme étant en danger.

Rainette verte en Suisse

En 2005, la rainette verte risquait de disparaître du territoire suisse. Grâce à diverses mesures de protection de cette espèce, son recul a ralenti. Son sauvetage n’est pas encore assuré, mais le risque de la voir disparaître a diminué. Ainsi, aujourd’hui, la rainette est considérée comme vulnérable et non plus en danger. A l’échelle locale, comme dans la vallée de la Reuss argovienne, les mesures qui ont été prises ont même permis aux populations de rainette verte d’augmenter à nouveau. L’espoir existe de pouvoir continuer à entendre le chant de ce batracien en Suisse.



Cerf élaphe en Suisse

Le cerf élaphe s’est éteint en Suisse en 1850, victime de la chasse. Depuis, les conditions de son existence se sont bien améliorées. Entretemps, on en compte à nouveau près de 40 000 dans notre pays. Particulièrement nombreux en montagne, ils empêchent le rajeunissement des forêts protectrices et leur adaptation aux changements climatiques. L’arrivée du loup a provoqué un renversement de tendance. Le canidé chasse avant tout des cerfs malades et faibles et sa présence a permis aux forêts de se rétablir. L’abattage actuel de meutes entières de loups prive le cerf de son ennemi naturel et n’est donc pas sans conséquences pour l’écosystème forestier. 

Perdants 2023



Lion d’Afrique: on estime qu’il y a environ 23 000 lions en Afrique. Entre 2006 et 2018, leur population s’était déjà effondrée d’un quart. Grâce à un renforcement des mesures de protection, la tendance à la baisse a ralenti mais n’a pas pu être stoppée. Entre 2018 et 2023, la population complète a encore reculé de 8%, la baisse la plus forte ayant probablement eu lieu en Afrique de l’Ouest et centrale.

Dauphin d’eau douce en Amazonie: depuis septembre 2023, plus de 200 dauphins d’eau douce – sont concernés aussi bien le dauphin de rivière rose que le tucuxi, qui est gris et légèrement plus petit – ont péri dans les eaux du Lago Tefé, situé dans l’Etat brésilien de l’Amazonas. Surtout, 10% de la population de dauphins d’eau douce du Lago Tefé a péri en seulement une semaine. Il est probable que la température élevée de l’eau, jusqu’à 39,1 degrés, ait entraîné la mort des cétacés. En plus des centrales hydroélectriques ou de la pollution par le mercure, les dauphins d’eau douce sont désormais aussi directement victimes de la crise climatique.

Amphibiens: en 2023, les grenouilles, crapauds et salamandres continuent de disparaître en masse: selon la Liste rouge, plus de 40% de toutes les espèces d’amphibiens sont en danger critique. Cette situation est surtout due à la destruction de leurs habitats et aux changements climatiques. Les amphibiens sont ainsi la classe de vertébrés la plus menacée, avant les mammifères, les reptiles ou les oiseaux. Parmi eux, les salamandres sont en grand danger: plus d’une espèce sur deux risque de disparaître.

Saumon atlantique: selon la nouvelle Liste rouge, le saumon atlantique est considéré comme «potentiellement menacé» à l’échelle mondiale. Ces dernières années, sa population globale a diminué de 23%. L’espèce, qui fraie dans les rivières avant de retourner vers la mer, est victime de nombreuses menaces. Les digues et d’autres obstacles lui barrent l’accès aux lieux de frai et de chasse, tandis que la pollution de l'eau et la sédimentation, principalement dues à l'exploitation forestière et à l'agriculture, entraînent la mort d’un grand nombre de jeunes saumons.

Manchot de Humboldt: en 2023, la grippe aviaire n’a pas épargné le règne animal et a même atteint les régions les plus reculées du globe. En raison de la crise actuelle de la grippe aviaire, plus de 3000 des quelque 10 000 manchots de Humbold nichant au Chili – et menacés d’extinction – ont péri jusqu’en octobre 2023, ainsi que plus de 18 000 otaries à crinière. Les spécialistes de la biodiversité craignent maintenant une dissémination du virus mortel jusque dans l’Antarctique et sur les îles Galapagos, qui abritent de nombreuses espèces endémiques.

Roi du Doubs en Suisse: ce poisson de 20 cm de long environ est une rareté. Pourtant, il fut un temps où il était très répandu dans le bassin du Rhône suisse. Désormais, on ne le trouve plus que dans quatre tronçons du cours d’eau, qui plus est séparés les uns des autres. Cette année, le contrôle de sa population a permis de n’identifier qu’une femelle sur le territoire suisse. La survivante a été mise en sécurité dans un aquarium à Lausanne. Elle a été rejointe par un mâle capturé en France, dans l’espoir de conserver cette espèce adaptée au Doubs. Si le projet débouche sur un succès, le roi du Doubs pourra peut-être coloniser à nouveau la rivière. Pour le reste, il a totalement disparu du territoire suisse.

Coronelle lisse en Suisse: plus de 80% des 16 espèces de reptiles indigènes en Suisse sont inscrites sur la Liste rouge des espèces menacées. Le recul de la coronelle lisse, qui dépend d’emplacements secs et d’un réseau de petites structures, s’est accéléré. Entre 1980 et 2005, sa population a reculé de 70%. Depuis, elle a encore diminué d’autant. Sans inversement de tendance, ce serpent risque d’avoir bientôt disparu de Suisse.

Lien vers les photos: https://we.tl/t-hcy0fFse61

 

Contact: Pierrette Rey, porte-parole du WWF Suisse, pierrette.rey@wwf.ch, 021 966 73 75.

Rapport Planète Vivante (RPV)

Le Rapport Planète Vivante ou Living Planet Report montre les modifications de la biodiversité mondiale. L’étude est publiée par le WWF depuis 1998 et paraît tous les deux ans depuis 2000. La 14e édition actuelle a été réalisée par le WWF et la Société zoologique de Londres. Le Living Planet Index (LPI) relève l’état et le développement de la biodiversité mondiale examinée. Il est actuellement basé sur les données de près de 32 000 populations d’environ 5230 espèces de vertébrés tout autour du globe. Il donne un aperçu ponctuel de l’état des quelque 8 millions d’espèces vivant sur la planète.


https://www.wwf.ch/sites/default/files/doc-2022-10/WWF_Living_Planet_Report_2022_FR.pdf